Black Panther : un pied de nez aux stéréotypes et un coup de pub pour la science

Black Panther, la première superproduction hollywoodienne avec un superhéros noir et dont le casting est majoritairement noir, est devenu un succès mondial qui bat des records d’entrées au box-office et renverse les stéréotypes sur les Africains et sur les femmes.

Le film, basé sur la série de bandes dessinées du même nom, suit les aventures du roi T’Challa, le dirigeant du Wakanda, un pays africain imaginaire, reculé et futuriste. T’Challa, interprété par Chadwick Boseman, se transforme en Panthère noire chaque fois qu’il doit affronter les forces du mal qui menacent le Wakanda.

Un homme et deux femmes en train de marcher, avec derrière eux un engin spatial futuriste (© Marvel Studios 2018)
Chadwick Boseman (au centre) interprète la Panthère noire, un roi qui dispose de matériel high-tech, comme ce vaisseau volant, pour l’aider à défendre sa nation. (© Marvel Studios 2018)

Les ventes de tickets de ce film révolutionnaire ont déjà dépassé le milliard de dollars depuis sa sortie mondiale à la mi-février. C’est le plus gros succès au box-office pour un film réalisé par un noir (Ryan Coogler) et le deuxième plus grand succès de Marvel Studios, qui a aussi produit des mégasuccès comme AvengersIron Man et L’Incroyable Hulk.

« Black Panther est la preuve qu’avec une bonne histoire, un réalisateur et des acteurs noirs de talent, et une bonne campagne de marketing, un film dominé par des noirs peut avoir un succès mondial », souligne Darnell Hunt, doyen des sciences sociales à UCLA.

Vue aérienne des rues d’une ville, avec de grands immeubles cylindriques et décorés de métal au loin (© Marvel Studios 2018)
Vue aérienne de Wakanda, la nation imaginaire d’Afrique de l’Est futuriste et autosuffisante, et royaume de la Panthère noire. (© Marvel Studios 2018)

Darnell Hunt estime que Black Panther suscite l’attention du monde entier pour trois grandes raisons : le film fait partie de la franchise populaire Marvel, donc il attire automatiquement les fans inconditionnels ; la notion d’une civilisation africaine technologiquement avancée éveille la curiosité des cinéphiles ; et enfin, le jeu des acteurs, la mise en scène et les images sont « extraordinaires ».

« Toutes ces raisons ont créé un buzz positif autour du film, et ça se voit dans les résultats du box-office, aux États-Unis et dans le reste du monde », ajoute-t-il.

Des femmes dures à cuire

Les femmes africaines sont représentées comme d’importants piliers de la société de Wakanda. La princesse Shuri, interprétée par Letitia Wright, en supervise le développement technologique (cf. encart). Okoye, jouée par Danai Gurira, est une générale dans l’armée du Wakanda qui ne s’en laisse pas conter. Nakia, jouée par l’actrice récompensée aux Oscars Lupita Nyong’o, travaille comme espionne. Et Angela Basset interprète Ramonda, la reine mère du Wakanda.

Deux femmes en costume de cinéma (© Marvel Studios 2018)
Angela Basset interprète la reine mère Ramonda, la mère de la Panthère noire, entourée ici par des guerrières. (© Marvel Studios 2018)

Black Panther peut aussi se targuer d’un casting d’origine multinationale. Nyong’o est née au Mexique de parents kényans. Gurira, dont les parents sont du Zimbabwe, a vu le jour dans l’Iowa. Et Wright a grandi en Angleterre, mais a poussé son premier cri en Guyane.

Se joignent à elles les acteurs noirs américains Chadwick Boseman, Angela Bassett et Michael B. Jordan, ainsi que l’oscarisé Forest Whitaker et Sterling K. Brown, lauréat d’un Golden Globe. D’autres acteurs ont des racines en Angleterre, en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud, à Trinité-et-Tobago et en Ouganda.

Un antidote aux stéréotypes

Les films comme Black Panther et Les figures de l’ombre, qui mettent en scène des pionnières de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des maths, sont une force positive et une remise en cause de la notion selon laquelle des noires ne pourraient s’illustrer dans ces domaines, estime Laurie O’Brien, professeure de psychologie à Tulane University.

« En voyant ces films, les femmes noires peuvent se dirent : “Ouah, je me verrais bien à sa place. Elle est vraiment super !” », ajoute Madame O’Brien.

Photo de deux jeunes Africains costumés, assis dans un cinéma (© Yasuyoshi Chiba/AFP/Getty Images)
Des jeunes, habillés en super héros, regardent la version en 3D de Black Panther à Nairobi, au Kenya, le 14 février. (© Yasuyoshi Chiba/AFP/Getty Images)

Contrairement à d’autres films hollywoodiens, Black Panther ne cantonne pas ses personnages noirs à des rôles marginaux, ceux d’acolytes insolents par exemple, ni à d’autres peu glorieux, note Darnell Hunt. Au Wakanda, les Africains ont le contrôle de leur destin. « Ce film est presqu’un antidote à des années de représentations négatives et déshumanisantes de la population africaine, affirme-t-il. Et je crois que c’est pour ça que ça marche aussi bien auprès des noirs autour du monde. »

Suite au succès sans précédent de Black Panther, Disney a fait don d’un million de dollars à Boys and Girls Clubs of America, une association d’aide aux enfants de milieux défavorisés, afin de financer des programmes jeunesse consacrés à la science, à la technologie, à l’ingénierie et aux maths. Il faut savoir que Marvel Studio, qui a produit Black Panther, est une filiale de la société Walt Disney.

Cet article a été écrit par la journaliste indépendante Lenore Adkins.

Photo de la princesse Shuri dans son labo (© Marvel Studios 2018)
L’actrice Letitia Wright interprète Shuri, la plus éminente scientifique d’une nation africaine fictive. (© Marvel Studios 2018)

Dans Black Panther, la princesse Shuri invente des gadgets high tech faits en vibranium, un métal rare et mythique qui produit l’électricité du Wakanda et est convoité par le monde entier.

Voici quelques-uns des gadgets créés dans le labo de la princesse Shuri :

Photo du personnage Black Panther, portant son masque (© Marvel Studios 2018)
(© Marvel Studios 2018)

• La combinaison pare-balles et le masque portés par T’Challa, alias Black Panther, absorbent l’énergie cinétique et la mettent à profit quand il se bat contre des attaquants.

Photo de trois femmes portant des costumes de guerrières (© Marvel Studios 2018)
(© Marvel Studios 2018)

• Les perles kimoyo en vibranium que portent les guerriers ont plusieurs pouvoirs. Elles permettent dans le film de guérir un agent de la CIA blessé par balle.

Photo d’une femme brandissant ses poings couverts par des gants métalliques (© Marvel Studios 2018)
(© Marvel Studios 2018)

• Ces gants en vibranium, de la forme des pattes d’une panthère, peuvent envoyer des chocs énergétiques puissants. Shuri s’en sert lors d’un combat pour rétablir l’ordre dans le pays du Wakanda.