La prochaine génération nous attend au tournant, prévient Obama

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Barack Obama s'exprime lors de la COP21, la conférence de l'ONU sur le changement climatique, au Bourget, le 30 novembre 2015. (Eric Feferberg/Pool Photo via AP)

Discours de Barack Obama à la première séance de la COP21

Le Bourget Paris, France

Le président Obama : Monsieur le président Hollande, Monsieur le Secrétaire Général, Messieurs et Mesdames les dirigeants. Nous sommes venus à Paris pour montrer notre détermination.

Nous présentons nos condoléances au peuple français pour ces attentats barbares qui ont frappé cette belle ville. Nous sommes unis et solidaires non seulement pour que justice soit faite au réseau terroriste responsable de ces attentats, mais aussi pour protéger nos populations et défendre ces valeurs durables qui nous rendent forts et nous gardent libres. Nous tenons à saluer les Parisiens, qui ont insisté pour que cette conférence essentielle ait bien lieu — ce geste de défi prouve que rien ne nous dissuadera de construire l’avenir que nous voulons pour nos enfants. Il n’y a pas de meilleure façon de rejeter ceux qui voudraient anéantir notre monde que de conjuguer nos efforts pour le sauver !

Près de 200 nations se sont rassemblées ici cette semaine — c’est l’affirmation que parmi tous les défis auxquels nous sommes confrontés, la menace grandissante causée par les changements climatiques pourrait définir les contours de ce siècle d’une manière plus dramatique que toute autre. Ce qui doit nous donner de l’espoir, c’est que nous sommes arrivés à un tournant ; c’est le moment où nous avons enfin déterminé que nous devons sauver la planète ; c’est le fait que nos nations ressentent ensemble l’urgence de ce défi et qu’il y a une prise de conscience de plus en plus grande qu’il est en notre pouvoir d’agir.

De jour en jour, nous comprenons mieux comment les êtres humains perturbent le climat. Quatorze des années les plus chaudes jamais enregistrées ont eu lieu depuis l’an 2000 — et 2015 se présente comme l’année la plus chaude de toutes. Aucune nation — grande ou petite, riche ou pauvre — n’est à l’abri de ce que ceci représente.

Cet été, j’ai vu les effets des changements climatiques de mes propres yeux en Alaska, notre état le plus septentrional, où la mer est déjà en train d’engloutir des villages et où elle érode les rivages ; où le permafrost fond et où la toundra brûle ; où les glaciers fondent à une vitesse sans précédent à l’époque moderne. Et ce n’était qu’un aperçu d’un avenir possible — une vision du sort de nos enfants si le climat continue de changer plus vite que nos efforts pour y faire face. Des pays submergés. Des villes abandonnées. Des champs qui ne produisent plus. Des bouleversements politiques qui déclenchent de nouveaux conflits, et encore plus de flux migratoires de peuples désespérés cherchant refuge dans des nations qui ne sont pas les leurs.

Cet avenir n’est pas l’avenir d’économies fortes ; ce n’est pas non plus un avenir où les États fragiles peuvent se stabiliser. Cet avenir est un avenir que nous avons le pouvoir de changer, ici et maintenant. Mais seulement si nous sommes à la hauteur de cette tâche. Comme l’a dit un des gouverneurs des États-Unis, « Nous sommes la première génération qui ressente les conséquences des changements climatiques, et la dernière génération qui puisse faire quelque chose contre cela. »

Je suis venu ici personnellement, en tant que leader de la plus grande économie du monde et du deuxième pays émetteur, pour dire que les États-Unis reconnaissent leur rôle dans la genèse de ce problème et qu’ils assument leur responsabilité pour le régler

Au cours des sept dernières années, nous avons fait des investissements ambitieux dans le domaine de l’énergie propre, et des réductions ambitieuses dans nos émissions de carbone. Nous avons multiplié l’énergie éolienne par trois, et l’énergie solaire par plus de vingt, contribuant à créer des régions des États-Unis où ces sources d’énergie propre sont finalement meilleur marché que l’énergie classique, plus polluante. Nous avons investi dans le rendement énergétique de toutes les façons possibles et imaginables. Nous avons dit non aux infrastructures d’extraction de combustibles fossiles riches en carbone. Et nous avons dit oui aux toutes premières normes nationales qui limitent la quantité de pollution en carbone que nos centrales électriques peuvent rejeter dans l’atmosphère.

Les progrès que nous avons faits ont contribué à propulser notre production économique jusqu’à des sommets inédits, et à diminuer notre pollution en carbone jusqu’à son niveau le plus bas depuis près de vingt ans.

Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement d’une tendance américaine. L’année dernière, l’économie mondiale était en expansion alors que les émissions mondiales en carbone provenant de la combustion de carburants fossiles sont restées inchangées. On ne saurait exagérer l’importance de ce fait. Nous nous sommes débarrassé des vieux arguments qui prônaient l’inaction. Nous avons démontré qu’une croissance économique vigoureuse et un environnement plus sûr ne s’opposent plus l’un à l’autre ; ils sont compatibles.

Et ceci doit nous donner espoir. Un des ennemis contre lequel nous aurons à lutter pendant cette conférence, c’est le cynisme, le sentiment que nous ne pouvons rien faire face au changement climatique. Nos progrès doivent nous donner de l’espoir pendant ces deux semaines — un espoir qui est enraciné dans l’action collective.

Au début de ce mois à Dubaï, après des années de retard, le monde s’est mis d’accord pour agir ensemble afin de réduire les super polluants appelés HFC. C’est un progrès. Déjà, avant Paris, plus de 180 pays représentant plus de 95% des émissions de gaz mondiales ont présenté leur objectif pour le climat. C’est un progrès. En ce qui nous concerne, les États-Unis sont sur la bonne voie pour atteindre les objectifs d’émissions de gaz que j’ai fixés il y a six ans à Copenhague — nous allons réduire nos émissions de carbone de l’ordre de 17%, par rapport aux niveaux de 2005, d’ici 2020. Et c’est pourquoi j’ai fixé l’année dernière un nouvel objectif : les États-Unis réduiront leurs émissions de gaz de 26 % à 28% par rapport aux niveaux de 2005, d’ici dix ans, à compter d’aujourd’hui.

Notre tâche ici à Paris est de transformer ces résultats en un cadre de référence inscrit dans la durée pour le progrès humain — et non pas en une solution provisoire, mais plutôt en une stratégie durable qui donne au monde confiance en un avenir sobre en carbone.

Ici à Paris, concluons un accord fondé sur l’ambition, où le progrès ouvre la voie à des objectifs régulièrement réactualisés — des objectifs qui ne sont pas fixés pour chacun d’entre nous mais plutôt par chacun d’entre nous, en tenant compte des différences propres à chaque nation.

Ici à Paris, mettons-nous d’accord sur un système robuste de transparence qui donne à chacun d’entre nous confiance que nous tenons nos engagements. Et assurons-nous que les pays qui n’ont pas encore une capacité complète à rendre des comptes sur leurs objectifs reçoivent le soutien dont ils ont besoin.

Ici à Paris, réaffirmons notre engagement à ce que des ressources soient disponibles pour les pays disposés à renoncer à la phase polluante du développement. Je reconnais que cela ne sera pas facile. Il faudra s’engager à choisir l’innovation et il faudra des capitaux pour continuer à faire baisser le coût de l’énergie propre. Et c’est pourquoi cet après-midi je me joindrai à un grand nombre d’entre vous pour annoncer une initiative collective historique qui a pour but d’intensifier l’innovation publique et privée de l’énergie propre sur une échelle planétaire.

Ici à Paris, assurons-nous également que ces ressources vont aux pays qui ont besoin d’aide pour se préparer à l’impact des changements climatiques que nous ne pouvons plus éviter. Nous le savons : beaucoup de pays qui ont peu contribué aux changements climatiques seront les premiers à en ressentir les effets les plus dévastateurs. Pour certains, en particulier pour les nations insulaires — dont je rencontrerai les dirigeants demain — les changements climatiques menacent leur existence même. Et c’est pourquoi aujourd’hui, de concert avec d’autres nations, les États-Unis confirment leur engagement robuste et indéfectible envers le Fonds pour les pays les moins avancés. Et nous nous engagerons demain à faire de nouvelles contributions à des initiatives d’assurance des risques qui aident les populations les plus vulnérables à reconstruire de façon plus robuste après des désastres liés au climat.

Et finalement, ici à Paris, montrons aux entreprises et aux investisseurs que l’économie mondiale s’est engagée sur un chemin résolu qui mène à un avenir pauvre en carbone. Si nous instaurons les règles et les incitations appropriées, nous libérerons les énergies créatrices de nos meilleurs scientifiques, ingénieurs et entrepreneurs afin de mettre en place des technologies énergétiques propres, avec les nouveaux emplois et les nouvelles opportunités qu’ils créeront de par le monde. Des centaines de milliards de dollars sont prêts à être investis dans des pays du monde entier s’ils reçoivent le signal que nous sommes cette fois sérieux. Envoyons donc ce signal.

C’est ce que nous allons rechercher dans les deux prochaines semaines. Non pas un accord qui se contente de réduire la pollution que nous envoyons dans le ciel, mais plutôt un accord qui nous aide à sortir les gens de la pauvreté sans condamner la prochaine génération à une planète qu’ils ne sont pas en mesure de réparer. Ici, à Paris, nous pouvons montrer au monde ce qui est possible lorsque nous serrons les rangs, unis dans un effort commun et un but commun.

Ne nous y trompons pas : la prochaine génération regarde ce que nous sommes en train de faire. Il y a tout juste une semaine, j’étais en Malaisie, où j’ai eu une réunion-débat avec des jeunes. Une jeune Indonésienne m’a posé la première question. La question ne portait pas sur le terrorisme, l’économie ou les droits de l’homme. Elle portait sur les changements climatiques. Cette jeune femme m’a demandé si j’étais optimiste quant à ce que nous pouvons réaliser ici à Paris et ce que les jeunes comme elle peuvent faire pour aider.

Je veux que nos actions lui montrent que nous écoutons. Je veux que nos actions soient suffisamment significatives pour attirer les talents de tous — hommes et femmes, riches et pauvres — je veux montrer à sa jeune génération passionnée et idéaliste que son avenir compte pour nous.

Car je crois, pour reprendre les paroles de Martin Luther King, qu’il vient toujours un moment où il est trop tard pour agir. Et quand il s’agit de changements climatiques, ce moment est proche. Mais si nous agissons ici et maintenant, si nous plaçons nos propres intérêts à court terme après l’air que nos jeunes respireront, après la nourriture qu’ils mangeront, et l’eau qu’ils boiront, et les espoirs et les rêves dont leurs vies se nourrissent, alors nous n’arriverons pas trop tard pour eux.

Chers dirigeants, chères dirigeantes, si nous acceptons ce défi, nous ne serons pas récompensés par des moments de victoires clairs et rapides. Notre progrès se mesurera différemment — par les souffrances évitées, par la planète préservée, Et c’est ce qui rend notre tâche si difficile. Notre génération ne verra peut-être pas les résultats complets de ce que nous faisons ici. Mais savoir que la prochaine génération sera mieux lotie grâce à ce nous faisons ici – peut-on imaginer une plus digne récompense ? Laisser cet héritage à nos enfants et à nos petits enfants, pour qu’ils puissent voir ce que nous avons fait ici à Paris et être fiers de nous.

Que ceci soit notre but commun ici à Paris. Un monde digne de nos enfants. Un monde marqué non par les conflits, mais par la coopération ; non par la souffrance humaine, mais par le progrès humain. Un monde plus sûr et plus prospère, et plus libre que celui dont nous avons hérité.

Mettons-nous au travail. Merci beaucoup. (Applaudissements)