Le codage informatique, l’arme des jeunes Afghanes pour lutter contre l’opium

Khatera a grandi à Herat, en Afghanistan où son frère Ghulam était traducteur pour les troupes américaines qui étaient chargées de détruire les champs de pavot dans la province de Helmand, dans le sud-ouest du pays. Il faisait partie d’une mission visant à enrayer la production et l’exportation d’opium des talibans, qui est dérivé du pavot.

Quand Ghulam racontait ses journées, il partageait souvent des histoires d’affrontements avec des trafiquants de drogue et de mines qui explosaient, dans la guerre livrée aux laboratoires d’opium servant à financer les talibans. Ces histoires sont revenues à la mémoire de Khatera l’année dernière alors qu’elle suivait un cours de conception de jeu.

« Ce que mon frère a fait toutes ces années où il a servi dans l’armée, ce n’était pas facile. Je voulais contribuer à l’instauration de la paix dans mon pays », explique Khatera.

Alors elle a conçu un jeu pour partager les histoires de son frère.

« Fight Against Opium » est une nouvelle application mobile où les joueurs incarnent des soldats afghans qui tentent de détruire l’opium dans les campagnes. Cette appli vient s’ajouter à plus d’une vingtaine de jeux disponibles sur le Google Play store qui ont été développés par des élèves de Code to Inspire*, un programme périscolaire à Herat destiné à former les jeunes femmes au codage informatique et à la conception de jeux.

Code to Inspire a été fondée en 2015 par Fereshteh Forough, professeure d’informatique à l’université d’Herat. Après avoir participé avec sa partenaire d’affaires à un incubateur de start-up par l’intermédiaire de l’ambassade des États-Unis en Afghanistan, elles ont créé une association qui est devenue une rampe de lancement pour Code to Inspire.

L’enseignante avait remarqué à quel point l’accès à la technologie est limité pour les Afghanes. Le taux d’inscription de femmes dans les universités est passé de 0 à 20 % depuis la chute des talibans en 2001, mais moins d’un tiers des femmes entrent dans le monde du travail. Comme il n’est pas socialement acceptable que les femmes travaillent en dehors de la maison en Afghanistan, Mme Forough estime que le codage – qu’on peut faire chez soi — est une bonne opportunité de carrière pour les Afghanes.

Grâce à une petite collecte de fonds et au don d’une vingtaine d’ordinateurs portables, elle a créé un espace sûr où des lycéennes et des étudiantes peuvent apprendre à coder.

« Amener une jeune fille qui n’a jamais touché un ordinateur de sa vie à parvenir à créer un site internet est un long apprentissage. Depuis que nous avons démarré, la communauté a beaucoup appris sur la programmation et la technologie, et comment les femmes peuvent s’y faire une place », se réjouit Mme Forough.

La jeune femme habite maintenant à New York où elle se consacre au développement de réseaux d’étudiants dans la communauté mondiale de la technologie. Des élèves de Code to Inpire vont travailler avec leurs homologues américaines de Girls Who Code sur une vidéo pour la Journée internationale de la fille 2018. Il y a quelques mois, Khatera et son équipe ont été invitées par un salon international du jeu vidéo à présenter le fruit de leur travail sur « Fight Against Opium ».

« Ma famille est fière de moi, de ce que j’ai accompli, surtout mon frère », confie Khatera, qui veut devenir conceptrice de jeux après ses études.

Une partie de « Fight Against Opium » commence par une invitation lancée aux agriculteurs de remplacer les champs de pavot par du safran, une stratégie visant à réduire la quantité d’opium provenant d’Afghanistan.

« Avec ce jeu, nous montrons qu’il existe une meilleure alternative à l’opium, et c’est le safran », conclut Khatera.

 

*en anglais