Le géographe des diplomates explique l’importance des cartes

Depuis sa jeunesse, Lee Schwartz, géographe attitré du département d’État, est fasciné par les cartes.

À 13 ans, il aide ses parents à préparer un voyage à travers les États-Unis à partir de New York : la famille va partir à la découverte du parc national de Yosemite (Californie), du Grand Canyon (Arizona), du Bryce Canyon (Utah) et d’autres sites encore. Avec un stylo-feutre, il trace l’itinéraire sur des cartes routières en tenant compte des conditions de circulation et des temps de trajet.

« On devait prévoir quelle distance on pouvait couvrir en un mois et la date à laquelle on arriverait à certains endroits ; parce que si on ne se pointait pas au parc national Zion le 28 juin, on perdait notre place de camping », explique M. Schwartz.

« J’aimais déjà la valeur des cartes – ce que les cartes vous apportent – plus même que la beauté des cartes. »
— Lee Schwartz, géographe, Département d’État des États-Unis

Ce qu’il a fait pour préparer ce voyage n’est pas très différent du travail qu’effectuent aujourd’hui les membres de son équipe, sous sa houlette, au bureau du géographe et des questions mondiales du département d’État. Par exemple, ils tiennent compte des points de contrôle et des montagnes quand ils tracent les routes que les humanitaires pourraient prendre pour acheminer des denrées alimentaires dans un pays en conflit.

En sa qualité de géographe du département d’État, M. Schwarz est légalement responsable de la représentation des frontières internationales sur les cartes du gouvernement américain, et il veille à ce qu’elles soient conformes à la politique des États-Unis. Il publie des informations sur le tracé des frontières pour guider toutes les agences du gouvernement américain et approuve pratiquement toutes les cartes produites par son bureau. (Celui-ci relève du Bureau du renseignement et de la recherche, créé au département d’État il y a 75 ans.)

Carte du Soudan du Sud, montrant également quelques zones du Soudan et des pays limitrophes (Département d’État)
(Département d’État)

Un grand nombre de cartes établies par le bureau du géographe sous-tendent les manœuvres diplomatiques liées aux situations d’urgence, aux violations des droits de l’homme, aux disputes frontalières, à l’atténuation des conflits et même aux opérations de paix des Nations unies. Ce bureau produit des cartes qui intègrent les données d’un logiciel de système d’information géographique (GIS) et l’analyse d’images pour étayer les analyses et les négociations portant sur de nombreux sujets, notamment les déplacements de populations liés à des conflits, les facteurs du changement climatique, les revendications maritimes en mer de Chine méridionale, l’accès à l’aide humanitaire au Soudan du Sud, les conflits relatifs à l’extraction de minéraux dans la Corne de l’Afrique et les limites du plateau continental dans l’Arctique.

« Très tôt, j’aimais déjà la valeur des cartes – ce que les cartes vous apportent – plus même que la beauté des cartes », se rappelle M. Schwartz.

La section des informations géographiques, composée d’experts en cartographie et en analyse des frontières, crée la majorité des cartes, confidentielles ou non, produites par le bureau du géographe et des questions mondiales. En outre, la section des informations humanitaires produit des « infographies » non confidentielles à l’intention des intervenants dans les situations d’urgence mondiales, qu’ils viennent des rangs du gouvernement américain ou de pays ou d’organisations partenaires.

Les cartes et les infographies produites récemment portent, entre autres, sur le conflit dans le bassin du lac Tchad, les déplacements de population en Syrie et au Venezuela, et les plans d’évacuation face à la crise de la COVID-19. L’an dernier, les deux sections ont créé près de 500 cartes pour soutenir le travail du gouvernement des États-Unis.

M. Schwartz se souvient de certains projets de son équipe qui ont conduit le gouvernement américain à passer à l’action.

Pour les besoins d’une enquête menée sous le gouvernement de George W. Bush, le bureau du géographe a été amené à interviewer des réfugiés du Darfour et à combiner l’analyse de cartes et d’images pour montrer que le massacre d’hommes, de femmes et d’enfants du Darfour au Soudan était généralisé et systématique, et qu’il ciblait la population civile. Ce travail a conduit le secrétaire d’État à l’époque, Colin Powell, à déterminer qu’un génocide était en cours au Soudan, une démarche qui a servi de base à de multiples inculpations pour crimes de guerre.

Récemment, le bureau du géographe a conçu et encadré une enquête de terrain à la demande du bureau Démocratie, Droits de l’Homme et Travail qui a documenté les atrocités commises contre les réfugiés rohingyas chassés de Birmanie. Ensuite, en coopération avec d’autres analystes du bureau du renseignement et de la recherche, il a établi un rapport dont les résultats ont été partagés avec le gouvernement birman avant leur publication.

Carte des limites du secteur ouest sino-indien (Département d’État)
(Département d’État)

M. Schwartz a supervisé la création d’innombrables cartes au cours de ses 15 années de service. Son équipe a également travaillé sur le tracé des frontières pour aider à résoudre des conflits territoriaux, par exemple entre l’Éthiopie et l’Érythrée, ou entre le Soudan et le Soudan du Sud, tout dernier pays indépendant du monde.

Depuis quelques semaines, l’équipe suit de près le différend frontalier entre la Chine et l’Inde, et prépare un dossier documentaire sur les zones contestées à l’intention des décideurs du département d’État. Ses experts se servent d’imagerie satellite et d’autres méthodes pour suivre la situation le long de la ligne de contrôle effectif (Line of Actual Control, LAC).

Lee Schwartz a parcouru bien du chemin depuis l’époque où il avait aidé sa famille à arriver à temps sur un terrain de camping. Ses talents de géographe sont toujours très utiles, mais ils revêtent aujourd’hui une bien plus grande importance.