Le Kremlin prépare des simulacres de référendum pour annexer des territoires ukrainiens

Le Kremlin orchestre des référendums fantoches dans des parties de l’Ukraine actuellement sous son contrôle militaire dans le but de légitimer l’emprise de la Russie sur ces territoires.

Moscou avait procédé de la même manière en 2014, lorsque la Russie a envahi la Crimée et fait main basse sur des territoires dans l’est de l’Ukraine.

L’histoire se répète : la Russie a installé des responsables pro-Poutine à des postes municipaux et régionaux clés dans les provinces orientales de Kherson et de Zaporijia, où les forces russes se sont imposées.

Carte de l’Ukraine indiquant les territoires sous contrôle russe (Département d’État)
Carte : Département d’État. Source : L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW)

Des mandataires sont en train d’organiser des référendums frauduleux dans les zones contrôlées par la Russie pour demander aux électeurs de faire partie de la fédération russe. Le Kremlin invoquera ensuite les résultats pour affirmer que les électeurs du territoire occupé veulent être rattachés à la Russie.

Ces référendums pourraient avoir lieu dès le mois de septembre.

« Disons, d’emblée, que tout référendum serait illégitime* au regard de la loi ukrainienne, de la loi russe, de quelque loi que ce soit », a déclaré Olena Zhuk, présidente du parlement régional de Zaporijia, au Guardian.

C’est pourtant ce qui s’est passé quand la Russie a envahi et occupé la Crimée en 2014 et pris le contrôle de certaines parties des provinces de Donetsk et de Louhansk, connues collectivement sous le nom de région du Donbass.

La culture ukrainienne dans la ligne de mire

En prévision du scrutin, le Kremlin n’a cessé de répéter que ces territoires faisaient déjà « partie de la Russie » et a multiplié ses tactiques visant à éradiquer la culture ukrainienne.

Dans toute la ville de Kherson, des panneaux d’affichage le proclament : Kherson est « une ville au passé russe ». Sur une affiche, une jeune fille cite le président russe Vladimir Poutine : « Les Russes et les Ukrainiens forment un seul peuple, un ensemble unifié. »

Dans certaines zones des deux provinces :

  • Les écoles sont obligées d’enseigner un programme centré sur la Russie.
  • Les habitants doivent se faire délivrer des passeports et des permis de conduire russes pour travailler.
  • Certains employés du secteur public sont tenus d’accepter les paiements en roubles, la monnaie russe.

Moscou a également ouvert des succursales de banques russes en Ukraine, fait du rouble la monnaie officielle, pris le contrôle des tours de diffusion, limité l’accès à Internet et supprimé les émissions en ukrainien.

Yevgeny Balitsky, un responsable russe installé par le Kremlin à Zaporijia, a assimilé le référendum à une « réunification* » avec la Russie. Il a tenu ces propos lors d’un événement à Melitopol justement intitulé « Nous sommes avec la Russie ».

« Un référendum à la pointe du fusil »

Une femme passant devant des posters en russe (© Alexander Ermochenko/Reuters)
Sur une affiche exposée dans un bureau public de la ville de Kherson, sous le contrôle de la Russie, on peut lire : « Les Russes et les Ukrainiens forment un seul peuple, un ensemble unifié » et « La Russie est là pour toujours ». (© Alexander Ermochenko/Reuters)

Les habitants de Kherson interviewés par le journal The Guardian ont fait part de leur désintérêt. « Ce sera un référendum à la pointe du fusil », a expliqué l’un d’eux, qui travaillait dans le secteur informatique avant l’occupation.

D’autres Ukrainiens semblent penser la même chose. Un sondage réalisé en août par l’International Republican Institute (IRI), une organisation américaine à but non lucratif, révèle que les Ukrainiens sont convaincus qu’ils gagneront la guerre et sont déterminés à ne pas céder le moindre bout de territoire*.

Le Kremlin ne se cache pas de vouloir mettre fin à la souveraineté de l’Ukraine sur ces régions. « Le rattachement de la région de Kherson à la Russie sera total, semblable à celui de la Crimée* [en 2014] », a affirmé Igor Kastyukevich, membre de la Douma [le parlement russe], le 7 juin.

« Moscou prépare le terrain* en vue d’annexer davantage de territoire ukrainien », a alerté le secrétaire d’État des États-Unis, Antony Blinken, le 27 juillet, notant que le gouvernement américain ne reconnaîtrait aucune pseudo-annexion. « Le peuple ukrainien élit démocratiquement ses propres dirigeants. Le gouvernement de la Russie n’a absolument pas son mot à dire à ce sujet. »

*en anglais