Les chrétiens américains voient dans le carême est un renouveau spirituel

Une femme asiatique en train de prier (© Scott Olson/Getty Images)
Avant l’arrivée de la distanciation sociale, des catholiques célèbrent le mercredi des Cendres, le premier jour du carême, à la cathédrale du Saint-Nom de Chicago. (© Scott Olson/Getty Images)

Lorsque le très révérend Michael Curry était enfant, il a renoncé au chewing-gum pendant le carême, tout comme de nombreux jeunes chrétiens se privent de chocolat ou d’autres friandises.

Aujourd’hui évêque président et primat de l’Église épiscopale, il comprend mieux ce que signifie le carême.

« C’est plus important qu’une barre de chocolat Hershey, dit-il. Au départ, les 40 jours de prière, de jeûne et de don servaient à préparer les gens à entrer dans le giron de l’Église à Pâques. Mais cette période inclut maintenant tous les chrétiens qui cherchent à approfondir leur foi. »

Selon le Forum sur la religion et la vie publique du Pew Research Center*, environ 70 % des Américains sont chrétiens. Et pour eux, le carême « peut être un temps de vrai renouveau spirituel », ajoute le révérend.

La période précédant Pâques reflète les 40 jours que Jésus a passés dans le désert à prier, à jeûner et à se préparer pour son ministère. Les Américains chrétiens suivent son exemple de diverses façons : ils renoncent à de mauvaises habitudes, s’abstiennent de consommer certains aliments ou de profiter de certaines formes de divertissement, suivent des cours sur l’étude de la bible, se mettent au service des autres ou font des dons à des œuvres de charité.

Le carême est « le nettoyage de printemps pour l’âme », et l’abstinence — qu’il s’agisse de friandises, de médias sociaux ou de toute autre chose — est un moyen d’éliminer des distractions qui nuisent à la réflexion spirituelle, explique Ryan Dunn, pasteur responsable de la présence en ligne de l’Église méthodiste unie, qui compte 30 000 églises aux États-Unis.

 L’évêque Michael Curry parlant dans un microphone, les mains levées et un drapeau derrière lui (© Rick Bowmer/AP Images)
L’évêque Michael Curry prend la parole après avoir été élu évêque président de l’Église épiscopale, en 2015, le premier Africain-Américain à occuper ce poste. (© Rick Bowmer/AP Images)

Le test de la volonté permet de « prendre conscience de la façon dont l’égoïsme peut nous détourner du droit chemin et de la façon dont il grandit en nous ».

Entretenir des liens malgré le coronavirus

De nombreuses paroisses catholiques d’Amérique offrent traditionnellement des dîners sans viande le vendredi dans leurs salles de réunion ainsi qu’un exercice de dévotion appelé le Chemin de la Croix, ce qui permet de réfléchir aux derniers moments de la vie de Jésus. D’ordinaire, ces dîners sont animés par les activités des paroissiens bénévoles, par les enfants qui s’amusent et les adultes qui discutent. Mais pour des raisons de santé, les églises ont annulé de ce genre de réunions cette année.

Les paroissiens de l’église catholique Saint-Esprit d’Annandale, en Virginie, qui préparaient de la soupe pour 250 personnes chaque vendredi pendant le carême, ont réagi vivement à l’annulation des événements liés au carême. Un groupe de filles, du CE2 à la 6e, ont donné leur avis :

« Elles ont appelé et dit : “On n’est pas contentes. One ne peut rien faire”, relate Renee « Lambie » Renner, la directrice des activités paroissiales. En inventant la devise « la COVID ne peut pas arrêter l’amour », les filles ont conçu un plan pour recueillir et redistribuer en toute sécurité de la soupe de maïs, de la soupe ramen aux crevettes et d’autres bouillons, que cuisinaient avant les anciens de la paroisse. Elles ont fait appel à eux pour la distribution de ces plats, souvent malgré le froid, la pluie et la nuit tombante, et dans le respect des protocoles de santé et de distanciation sociale.

« Ce qui manque aux gens en cette période, c’est d’être avec leur entourage et au contact des autres », souligne Ryan Dunn, de l’Église méthodiste unie.

La détermination des filles du Saint-Esprit en est la preuve. Quand les personnes âgées déposaient leurs dons de soupe, beaucoup disaient : « Je sais qu’on n’est pas ensemble, mais qu’est-ce que ça fait du bien de faire quelque chose de normal », rapporte Mme Renner.

Des leçons de la Semaine Sainte

Les activités du carême culminent avec la Semaine Sainte, qui commence cette année le 28 mars, lors du dimanche des Rameaux, et se termine à Pâques, le 4 avril.

Une femme tenant un bouquet parmi le groupe (© Jessica Rinaldi/The Boston Globe/Getty Images)
Des paroissiens quittent l’église après la messe du dimanche des Rameaux de 2017 à l’église St. Rose of Lima, à Chelsea (Massachusetts). (© Jessica Rinaldi/The Boston Globe/Getty Images)

Prochainement, beaucoup d’églises méthodistes aux États-Unis proposeront « la Semaine Sainte en boîte », un kit qui comprend des prières, des travaux manuels et des recettes pour que les familles puissent observer cette semaine spéciale à la maison.

Selon le révérend Curry, la conjugaison du nouveau coronavirus et des tensions raciales qui ont secoué le pays l’année dernière a également provoqué des changements dans les cœurs. « Les gens concentrent leurs dons sur des causes sociales qui nous aident à devenir une société plus juste », constate-t-il.

Observer le carême permet aux chrétiens de recentrer leurs priorités, poursuit le révérend. Il rappelle à cet égard le passage du Nouveau Testament à propos de Jésus qui marche sur l’eau pour aller vers ses disciples, dans une barque ballottée par la force du vent. « C’est ce que le carême essaie de nous apprendre à faire : marcher sur l’eau dans la tempête, ce qui ressemble souvent à la vie », déclare le très révérend Michael Curry.

 

*en anglais