Les piliers de la science aux États-Unis

Image animée détaillant les étapes de la méthode scientifique (Département d’État /D. Thompson)
(Département d’État/Doug Thompson)

Pour que les chercheurs puissent relever certains des plus grands défis au monde en vue d’améliorer la santé humaine, de protéger l’environnement ou d’assurer la sécurité nationale, la recherche scientifique doit être transparente et collaborative.

Aux États-Unis, les scientifiques opèrent dans un environnement ouvert, à l’image de la société américaine. Cette transparence attire les plus grands talents du monde entier.

Qui plus est, ce creuset de talents favorise une collaboration fructueuse.

« C’est formidable que des gens viennent de l’étranger pour travailler avec des Américains parce qu’ils ont le sentiment que notre culture scientifique est extrêmement positive », se félicite Richard Freeman, économiste à l’université Harvard, qui a étudié les effets de la collaboration sur la recherche. « Il y a des gens d’horizons très différents et de nombreux pays — je pense que cela contribue à la force de la science aux États-Unis. »

Dans certains pays, la recherche est strictement contrôlée. « On se heurte à toutes sortes de problèmes liés aux questions d’éthique et de surveillance quand le système fonctionne dans un environnement fermé, sans examen approprié et sans la participation de la communauté scientifique tout entière », fait observer Alex Joske, de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI). En outre, « si les orientations de la recherche font l’objet d’un contrôle trop strict, il n’y a pas de place pour la créativité et les idées nouvelles ».

Voici cinq principes par lesquels la culture scientifique aux États-Unis encourage les découvertes :

La collaboration

Deux personnes regardant l’intérieur d’une ampoule gigantesque dont la partie supérieure a été découpée (Département d’État./D. Thompson)

Les travaux de Richard Freeman à Harvard ont démontré que plus les collaborations sont diversifiées, plus l’impact des expériences est fort. Dans un article publié en 2014, son collègue Wei Huang et lui le notent : lorsque les co-chercheurs étaient d’origines ethniques diverses, leurs écrits étaient cités plus souvent.

« Leurs articles ne sont pas forcément de meilleure qualité, explique M. Freeman. Mais davantage de gens les lisent, et c’est une bonne chose en soi. » Une telle attention fait que d’autres scientifiques sont susceptibles de tenter de reproduire l’expérience ou d’élargir ses résultats.

Un financement public

Selon ces mêmes données de la NSF, le gouvernement fédéral demeure le principal bailleur de fonds (44 %) de la recherche fondamentale.

« L’un des aspects du modèle de recherche financé par des deniers publics, en vigueur dans notre pays, c’est qu’il permet vraiment de poursuivre des questions ésotériques et fondamentales », relève Michael Weisberg, professeur à l’Université de Pennsylvanie (Penn) et dont les travaux portent sur la philosophie des sciences. « Si c’était une entreprise privée, nous ne pourrions jamais faire le type de recherches sur lesquelles nous travaillons. »

Comme les sciences fondamentales sont largement financées par le contribuable, poursuit-il, les organismes publics de financement tels que la NSF imposent aux chercheurs l’obligation de démontrer que leurs travaux ont « des répercussions plus larges » ou que leur projet a le potentiel de profiter à la société lorsqu’ils demandent des subventions fédérales. Cela les encourage à faire progresser les connaissances scientifiques tout en étant des citoyens responsables.

Un environnement scientifique ouvert

Un homme debout devant un microscope géant, un cahier ouvert placé sous l’objectif (Département d’État/D. Thompson)

« Par environnement scientifique ouvert, on entend le fonctionnement transparent et inclusif de la démarche scientifique », explique Brian Nosek, directeur du Center for Open Science, un organisme sans but lucratif qui propose une plateforme en ligne gratuite au service de la recherche scientifique. « Si vous ne voyez pas comment je suis arrivé aux résultats que j’ai observés, vous ne pouvez pas les reproduire et vous ne pouvez pas les contester. »

Beaucoup d’initiatives font appel à des collaborations mondiales dans le domaine de la recherche. L’Open Source Malaria, par exemple, se propose de développer de nouveaux médicaments contre le paludisme. Des centaines de contributeurs du monde entier utilisent cette plateforme en ligne pour partager des idées et des données. En 2016, ce consortium a publié un article sur des composés antipaludiques potentiels, rédigé par plus de 50 auteurs de sept pays.

« C’est vraiment exaltant de travailler dans un tel climat d’ouverture parce qu’on peut collaborer avec des gens qu’on n’a jamais rencontrés et qui possèdent une expertise extraordinaire », se réjouit Matthew Todd, qui dirige la découverte de médicaments à l’University College London et a fondé l’Open Source Malaria.

L’examen par les pairs avant la publication

Lorsque les scientifiques font une découverte, ils envoient un manuscrit à une revue spécialisée dans l’espoir qu’il sera publié. Mais d’abord, leur article est soumis à un processus d’examen par les pairs pour que d’autres scientifiques spécialisés dans des domaines similaires évaluent leurs travaux. Il faut leur feu vert pour que le manuscrit soit publié.

Aux États-Unis, les revues scientifiques offrent de plus en plus de contenu gratuit. (Les frais de publication sont souvent payés par l’auteur, le laboratoire ou l’institution commanditaire.) Par exemple, l’American Association for the Advancement of Science (AAA), qui publie la revue Science, a lancé le magazine en libre accès Science Advances en 2015.

Gemma Hersh, vice-présidente de la politique générale internationale chez Elsevier, l’éditeur de plus de 2 500 revues scientifiques, fait remarquer que toutes les revues publiées par Elsevier proposent maintenant une option accès libre, et que 10 % d’entre elles sont entièrement libres d’accès.

La vulgarisation

Aux États-Unis, les scientifiques sont déterminés à communiquer leurs recherches au public.

« Cette question retient une attention accrue », note Michael Weisberg. À l’appui, il cite des initiatives scientifiques communautaires et le bénévolat auprès d’enseignants de collèges et de lycées pour les aider à faire des cours plus intéressants.

Un autre exemple : l’Université de Pennsylvanie dispose d’un bureau chargé d’aider les chercheurs à vulgariser leurs travaux.

« Plus les gens s’impliquent pour comprendre le fonctionnement de la science, pas tant les faits scientifiques que le processus lui-même, et les méthodes scientifiques, plus ils sont capables d’une réflexion critique sur la science », conclut Michael Weisberg.

Cet article a été écrit par la rédactrice indépendante Linda Wang.