Pour leur sauver la vie, il leur tire le portrait

À l’instar de Noé qui voulait les protéger du déluge, l’Américain Joel Sartore rassemble des animaux pour les sauver. Mais au lieu de les faire monter sur une arche, il les prend en photo. L’objectif de son projet, Photo Ark*, soutenu par la National Geographic Society, est de photographier quelque 12 000 espèces animales qui sont en train de disparaître à cause du braconnage, de la perte de leur habitat et du changement climatique.

Sartore a commencé à travailler sur ce projet il y a onze ans, au zoo de son lieu de résidence à Lincoln, au Nebraska. Depuis, le photographe indépendant s’est rendu dans plus de 40 pays et a atteint plus de la moitié de son but.

Avec ses photos, il espère encourager les gens à agir pour sauver les animaux dont la moitié, selon lui, pourraient disparaître d’ici la fin du siècle. « On a encore assez de temps pour sauver la plupart de toutes les espèces de la planète, mais on doit s’en préoccuper, et agir maintenant. Car si les autres espèces venaient à disparaître, ça pourrait nous arriver aussi », s’alarme-t-il.

Un bébé chimpanzé devant un fond blanc (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)
Un bébé chimpanzé de trois mois. (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)

Sartore captive l’attention en prenant des photos qui donnent l’impression que les animaux nous regardent droit dans les yeux et dans des poses qui rappellent celles des humains. Les clichés sont pris en studio, sur fond blanc ou sur fond noir.

Deux fennecs devant un fond noir (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)
Des fennecs au zoo de Saint Louis. Le fennec est le plus petit renard du monde. Ses immenses oreilles lui permettent de se rafraîchir quand il se déplace parmi les dunes du Sahara, région où on en trouve beaucoup. Comme il est très mignon, il est victime du trafic d’animaux sauvages car il suscite la convoitise de ceux qui veulent en faire des animaux de compagnie. (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)

« La plupart des séances photos ne durent que quelques minutes, explique-t-il, et j’espère que pendant ce temps-là l’animal va se tourner vers moi et me regarder dans les yeux. Ça n’arrive pas toujours, mais quand ça se produit, c’est exactement le genre de rapport que j’espère établir. »

Un porc-épic photographié sur fond blanc (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)
Un porc-épic du Brésil, au zoo de Saint Louis (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)

Quand il était adolescent, Joel Sartore a reçu un livre sur les oiseaux qui l’a amené à réfléchir au sort des animaux menacés d’extinction. Martha était « le tout dernier pigeon migrateur américain, dans sa cage au zoo de Cincinnati, dans l’Ohio », raconte-il. « Elle est morte en 1914, et l’espèce est passée de plusieurs milliards à zéro. Je n’arrivais pas à y croire. Et je n’y arrive toujours pas. »

Un capucin olive sur fond noir (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)
Un capucin olive au parc municipal Summit à Gamboa, au Panama (© Joel Sartore/National Geographic Photo Ark)

Certains animaux sont plus faciles que d’autres à photographier. « Mes préférés sont les tortues parce qu’elles ne se déplacent pas beaucoup et on a le temps de faire la mise au point avec l’appareil photo, précise Joel Sartore. Ceux qui sont beaucoup moins drôles à photographier, ce sont les mustélidés [belettes, visons, furets, etc.] parce qu’ils n’arrêtent pas de bouger. … Ils aiment particulièrement coller leur nez à l’objectif de l’appareil, ce qui les rend encore plus flous. Ils s’amusent mais moi, non. »

Joel Sartore, qui a 54 ans, espère pouvoir aller jusqu’au bout de son projet. Mais, au cas où, il a un plan de secours. Son fils aîné, 22 ans, qui l’aide quelquefois à photographier les animaux, a promis de prendre la relève et de poursuivre sa mission. « J’espère que le public va finir par se rendre compte que nous sommes tous dans le même bateau », souligne-t-il.

 

*en anglais