Illustration graphique de soldats en train de remplir un jerrican de lumière tirée d’une grosse ampoule à côté d’eux (D. Thompson/Dép. d’État)
(D. Thompson/State Dept.)

Le gouvernement chinois a lancé une stratégie ambitieuse qui élimine toute frontière entre la recherche civile et la recherche militaire, ce qui pose un problème majeur aux universités, aux entreprises privées et aux pays du reste du monde.

Par le biais de cette stratégie baptisée « la fusion militaro-civile », le Parti communiste chinois profite des libertés qui favorisent l’innovation, et vole les technologies d’autrui, a dénoncé le secrétaire d’État des États-Unis Michael R. Pompeo, le 13 janvier, lors d’une conférence d’innovateurs de la Silicon Valley. Sur un millier d’enquêtes en cours du FBI sur des vols de propriété intellectuelle, presque toutes sont liées à la Chine, a-t-il ajouté.

« En vertu de la loi chinoise, les entreprises et les chercheurs chinois ont l’obligation — je répète, l’obligation — de partager leurs technologies avec l’armée chinoise », a expliqué le chef de la diplomatie américaine.

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles les États-Unis sont préoccupés.

Dissimulation des affiliations militaires

Des soldats armés de fusils, marchant en formation (© Mark Schiefelbein/AP Images)
L’Armée populaire de libération chinoise, notamment sa Force des fusées, photographiée ici lors d’un défilé à Beijing, le 1er octobre 2019, joue un rôle essentiel dans les efforts scientifiques du gouvernement. (© Mark Schiefelbein/AP Images)

Des dizaines de scientifiques de l’Armée populaire de libération chinoise ont dissimulé leur appartenance militaire pour se rendre en Australie, au Canada, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans l’Union européenne. Ces chercheurs chinois opèrent dans des centres de recherche étrangers où ils mènent des recherches consacrées à des domaines sensibles, tels que les missiles hypersoniques et la technologie de navigation, selon l’Institut australien de stratégie politique (ASPI), un organisme de réflexion basé à Canberra.

L’armée chinoise a également envoyé 2 500 scientifiques dans des universités étrangères depuis 2008, a révélé l’ASPI dans un rapport d’octobre 2018*. Les États-Unis et le Royaume-Uni en ont chacun accueilli à peu près 500, l’Australie et le Canada, 300, et l’Allemagne et Singapour, une centaine.

« Certains de ceux qui voyagent à l’étranger utilisent une couverture pour masquer leur appartenance militaire, et affirment venir d’institutions académiques qui n’existent pas », indique l’ASPI.

Exploitation du modèle ouvert de l’Occident

Des enquêteurs du Sénat des États-Unis ont démontré* que la Chine exploitait la transparence, la réciprocité et la concurrence basée sur le mérite, des valeurs qui propulsent la recherche américaine depuis des décennies. « Ces valeurs favorisent le libre échange des idées, elles poussent les résultats des recherches les plus rigoureuses à voir le jour, et elles garantissent aux chercheurs les bénéfices de leur capital intellectuel », souligne le rapport du Sénat publié le 19 novembre 2019.

« La Chine exploite de manière déloyale la recherche et l’expertise américaines qu’elle obtient pour son propre gain économique et militaire », dévoilent les enquêteurs du Sénat.

Par exemple, en 2019, le gouvernement américain a inscrit la Compagnie nucléaire nationale chinoise, qui pilote les centrales nucléaires civiles de la Chine, sur sa liste d’entités soumises à des licences d’exportation pour les efforts qu’elle déploie en vue de se procurer des technologies nucléaires américaines avancées et les détourner à des fins militaires.

Les entités inscrites sur cette liste sont suspectées, sur la base de faits précis, de s’être livrées à des activités présentant un danger pour la sécurité nationale des États-Unis.

Il existe une différence notable entre la stratégie de fusion militaro-civile de la Chine et les politiques appliquées ailleurs. Beaucoup de pays, y compris les États-Unis, tirent profit du secteur civil pour contribuer à la modernisation de leur armée. Mais les États-Unis et leurs partenaires du monde entier ont garanti par le biais d’accords internationaux que les technologies à double usage ne seraient pas détournées à des fins militaires.

La stratégie de la fusion militaro-civile fait exactement le contraire.

L’érosion de valeurs clés

Lors de son discours dans la Silicon Valley, M. Pompeo a prévenu que le vol de savoir-faire par le Parti communiste chinois favorisait non seulement l’armée chinoise, mais aussi ses mesures de plus en plus répressives.

« Même quand le Parti communiste chinois nous donne l’assurance que l’utilisation de nos technologies est restreinte à des fins pacifiques, il faut savoir qu’il existe des risques énormes, a martelé le secrétaire d’État. Nous devons veiller à ce que les principes américains ne soient pas sacrifiés au nom de la prospérité. »

 

*en anglais