Imaginez-vous dans une salle de cinéma, prêt à regarder la dernière superproduction hollywoodienne. Vous savez que les meilleurs acteurs, réalisateurs et scénaristes ont collaboré sur le film pour vous divertir.

Ce que vous ne savez pas, c’est que le Parti communiste chinois a peut-être forcé le studio américain à remplacer des personnages, à changer ou à omettre des images, ou même à modifier l’intrigue tout entière.

Quand on publie quelque chose en Chine, le gouvernement le censure. Tous les journaux, toutes les émissions de télé, et même vos posts sur les réseaux sociaux sont susceptibles d’être supprimés. Il en va de même pour les films tournés à l’étranger.

Les règles de censure de la Chine sont vagues et elles sont appliquées de manière aléatoire*. Tout ce qui est jugé anti-Chine peut être interdit. Idem pour du contenu qui va à l’encontre de ce qu’un censeur considère comme étant de bonne moralité pour la société ou qui, selon lui, est contraire d’une manière ou d’une autre aux intérêts de la Chine.

Les censeurs chinois obligent les studios de cinéma à changer des détails, des personnages et à réécrire des points très importants de l’intrigue.

« Beijing exige systématiquement qu’Hollywood représente la Chine sous un angle strictement positif* », a déclaré le vice-président Mike Pence dans un discours prononcé l’an dernier. Beijing est en train de « prendre des mesures pour tirer parti de son avantage économique et de l’attrait de son grand marché dans le but de renforcer son influence » sur les entreprises.

À quoi ressemble la censure chinoise ? Tout d’abord, si votre scénario mentionne le Tibet ou Taïwan, préparez-vous à devoir le réécrire ou à voir votre film interdit en Chine. Dans le film Top Gun de 1986, le personnage interprété par Tom Cruise porte une veste de cuir avec des écussons arborant les drapeaux du Japon et de Taïwan. Sur les images de la suite du film, rendues publiques à l’approche de sa distribution, les fans ont remarqué que les écussons avaient disparu.

Les fans de la bande dessinée Doctor Strange, publiée par Marvel, ont été étonnés, eux aussi, de découvrir que l’Ancien, un personnage tibétain introduit pour la première fois dans la BD en 1963, était devenu celte, on ne sait trop comment, dans le film de 2016.

Thanks to China, the Ancient One’s now Irish.

« Si vous reconnaissez que le Tibet est un lieu et que le personnage est tibétain », a souligné un écrivain lors d’un podcast culturel, vous « risquez d’entendre le gouvernement chinois vous dire “Eh, vous savez quel est l’un des plus grands pays consommateurs de films dans le monde ? On ne va pas distribuer votre film parce que vous avez décidé de faire de la politique”. »

Et selon le Los Angeles Times, les drapeaux chinois ont été remplacés au montage avec des drapeaux nord-coréens dans le film L’Aube rouge.

« MGM a collaboré avec le réalisateur et les producteurs du film “L’Aube rouge” pour produire la version du film la plus viable du point de vue commercial pour les publics du monde entier », a expliqué le vice-président du marketing international de Metro-Goldwyn-Mayer, dans un entretien au LA Times.

Le Parti communiste « sanctionne les studios et les producteurs » qui dressent un portrait peu complaisant de la Chine, a déclaré M. Pence. « Les censeurs de Beijing n’hésitent pas à corriger ou à interdire les films qui critiquent la Chine, même de façon mineure. »

 

*en anglais