Un guide du nouveau venu en Amérique

Roya Hakakian a vécu ce qu’elle appelle l’expérience quintessentielle de l’immigrant aux États-Unis dans un supermarché, en déambulant dans l’allée des céréales.

Iraniennes de confession juive, Mme Hakakian et sa mère arrivent aux États-Unis, en 1985, en tant que réfugiées. L’écrivaine grandit en Iran mais quitte son pays natal après la révolution de 1979. Roya Hakakian est aujourd’hui militante des droits humains, poète et auteure du livre intitulé A Beginner’s Guide to America (Guide du débutant en Amérique), son dernier ouvrage.

Peu après son arrivée, Mme Hakakian se rend pour la première fois dans un supermarché et, comme beaucoup d’immigrants aux États-Unis, elle est abasourdie par la « variété ahurissante » de céréales qu’elle y trouve. En dehors des États-Unis, dit-elle, la multitude de boîtes de céréales sur les rayons pourrait sembler un signe de frivolité. Mais pour Mme Hakakian, ces rayons illustrent, depuis, la pléthore de choix disponibles dans une démocratie. Le message que l’allée de céréales lui a transmis : « C’est à vous de réfléchir et de prendre des décisions sur chaque petite étape de la vie. »

Mme Hakakian a expliqué son point de vue dans un entretien avec American Purpose*, un projet médiatique bâti autour d’une communauté intellectuelle qui soutient la démocratie libérale.

Elle a également parlé de ce qu’elle a constaté en arrivant aux États-Unis après avoir quitté un pays en crise, comme par exemple, le fait que les mariages sont planifiés bien avant la date de la cérémonie.

« On n’avait pas la moindre idée [en Iran] de la direction que prenait l’avenir ou comment on y parviendrait ; donc, pour moi, cette idée simple de faire des plans, ce que les Américains font si bien (…), cette notion qu’il y a un avenir, et que notre projet va perdurer et qu’on peut espérer cet avenir, a été profondément impressionnante. »

Aujourd’hui citoyenne américaine et lauréate du prix Guggenheim de non-fiction, Mme Hakakian a contribué à la fondation de l’Iran Human Rights Documentation Center* qui vise à promouvoir l’état de droit dans son pays natal.

Une adulte et un enfant portant des masques en roulant à bicyclette (© Robert F. Bukaty/AP Images)
Ces cyclistes à Portland (Maine), vus ici en avril 2020, exemplifient la montée en flèche des activités de plein air et en famille pendant la pandémie du coronavirus. (© Robert F. Bukaty/AP Images)

Le nouvel ouvrage de Mme Hakakian revient sur les réactions qu’elle a eues, bouche-bée, en atterrissant en Amérique – comme de voir des femmes sans voile qui ne prêtaient aucune attention aux autres qui en portaient, et vice versa. L’auteure décrit ce moment dans son livre comme « un autre miracle américain, non seulement d’harmonie entre les ethnicités mais aussi entre les croyances ».

« Personne ne regarde ce que vous faites, ou s’en occupe, tant que vous ne faites de mal à personne », écrit-elle, exprimant le sentiment des nouveaux immigrants qui doivent s’habituer à ne plus voir des gens appliquer les règles des régimes autoritaires, contrairement à ce qui se passe dans leurs pays d’origine. « Profitez du calme froid de cette indifférence rafraichissante », déclare-t-elle.

Dans de petites différences culturelles, Mme Hakakian voit un symbole de philosophies plus générales, telles les règles sur le port des ceintures de sécurité dans les voitures et des casques pour les cyclistes. « Ces mesures de sécurité vous montrent, mieux que n’importe quel sceau ou tampon le ferait, que vous êtes officiellement sur un territoire où la vie humaine vaut plus que ce que vous avez connu », note-t-elle dans son livre.

Deux filles en train de se parler, entourées d’autres gens (© Jim West/Alamy)
Cette photo, prise avant la pandémie du coronavirus, montre des enfants à une fête de voisinage organisée au Boys & Girls Club de Detroit (Michigan), avec un déjeuner et des jeux. (© Jim West/Alamy)

Malgré le titre de son livre, Mme Hakakian précise qu’elle cible aussi les Américains de souche afin de les aider à comprendre le vécu et l’importance des immigrants.

L’écrivaine porte aussi un regard perspicace sur les particularités de l’Amérique dans un chapitre intitulé « The Lovable, the Despicable and the Infuriating about America ». (Ce qu’il y a d’adorable, d’odieux et d’agaçant en Amérique).

Mais en écrivant son livre, son objectif principal était de saluer « les petits symboles des valeurs démocratiques et des principes fondateurs des États-Unis dans notre vie de tous les jours ».

« Si nous ne les chérissons pas, nous risquons de les perdre », a déclaré Mme Hakakian au public d’American Purpose.

 

*en anglais